Redoublement scolaire : comment l'annoncer à son enfant et l'aider à avancer
La décision tombe en conseil de classe : votre enfant va redoubler. Ou peut-être êtes-vous vous-même en train de la demander, contre l'avis de l'enseignant. Dans les deux cas, c'est une annonce qui génère de l'inquiétude chez les parents et souvent une forme de honte ou de désorientation chez l'enfant. Comment l'aborder ?
\n\nCe que la recherche dit sur le redoublement
Les études en sciences de l'éducation sont assez convergentes depuis une vingtaine d'années : le redoublement n'est pas la solution miracle qu'on lui attribue parfois. La méta-analyse de Thomas et Stockton (2003), confirmée depuis par plusieurs études européennes dont des données françaises (Caille, 2004, DEPP), montre que les bénéfices du redoublement sur les performances scolaires s'évaporent généralement en deux à trois ans. Les élèves rattrapent leur retard temporairement, puis les écarts se reconstituent.
En France, le taux de redoublement a été fortement réduit depuis les années 2000 (de plus de 30 % à moins de 5 % pour le primaire) suite à ces constats. Les circulaires ministérielles successives l'ont progressivement découragé et encadré. Il reste possible mais doit être exceptionnel et concerté avec la famille.
Cela ne veut pas dire qu'il ne peut jamais être utile dans des situations particulières : maturité affective insuffisante pour le niveau suivant, lacunes fondamentales dans les apprentissages de base (lecture, numération) qui rendraient le passage en classe supérieure très difficile, demande de l'enfant lui-même. Mais il ne faut pas attendre de lui ce qu'il ne peut généralement pas apporter.
Comment annoncer la décision à l'enfant
La façon dont les parents reçoivent et transmettent cette information a un impact direct sur la façon dont l'enfant va la vivre. Un parent effondré ou honteux transmet cette honte à son enfant. Un parent qui la présente comme un échec définitif aussi.
Quelques principes :
- Parler en tête-à-tête, dans un moment calme, pas juste avant de partir à l'école.
- Nommer la réalité simplement : « Tu vas refaire cette année. » Sans chercher à trop l'adoucir mais sans dramatiser non plus.
- Expliquer sans culpabiliser : « Les apprentissages de cette année n'ont pas encore bien accroché, et l'école pense que recommencer te donnera plus de temps pour les installer. »
- Laisser l'enfant exprimer ce qu'il ressent : tristesse, colère, soulagement parfois. Valider toutes ces émotions.
Pour beaucoup d'enfants, la séparation d'avec leur groupe de camarades est plus douloureuse que la décision elle-même. La prendre au sérieux et aider à maintenir les liens (invitations, activités extrascolaires communes) peut beaucoup aider.
La préparation de l'année qui recommence
Un redoublement qui se déroule exactement comme l'année précédente, sans changement de méthode ou d'approche, a très peu de chances de donner des résultats différents. Si la décision est prise, l'objectif est d'identifier ce qui n'a pas fonctionné et de modifier les conditions.
Cela peut passer par : un bilan orthophonique ou neuropsychologique si des difficultés spécifiques sont suspectées, un soutien scolaire ciblé, un changement de classe (même niveau, autre enseignant), une meilleure organisation des devoirs à la maison, ou le traitement d'un facteur extrascolaire qui impactait les apprentissages (problème familial, anxiété, manque de sommeil).
Le redoublement comme signal, pas comme solution
La question la plus utile n'est pas « le redoublement va-t-il régler le problème ? » mais « qu'est-ce que les difficultés de mon enfant cherchent à me dire ? » Des difficultés scolaires persistantes sont souvent le symptôme d'autre chose : un trouble des apprentissages non diagnostiqué, un problème de confiance en soi, une situation familiale difficile, une inadaptation à la pédagogie proposée.
Utiliser le redoublement comme une opportunité d'investigation (qu'est-ce qui bloque vraiment ?) plutôt que comme une punition ou une solution en soi, c'est la façon la plus constructive de l'aborder. Et quelle que soit la décision, le message que l'enfant doit emporter, c'est que ses difficultés ne définissent pas sa valeur.